Après avoir frappé avec courtoisie sur la lourde porte en chêne, j’entrais timidement dans la modeste maison de la Rue des Charmes Ensorcelés pour trouver un Demi-Elfe, installé confortablement dans un fauteuil d’un autre âge aux accoudoirs pourtant parfaitement sculptés. Ce n’est que lorsque l’imposant Mastiff allongé sur le tapis près de la cheminée aboya péniblement, que Zéphyrus détourna enfin le regard de ce qui semblait être un vieil ouvrage.
– Bonjour, veuillez m’excuser j’étais plongé dans quelque souvenir.
Je saluais poliment le magicien connu dans toute la ville de Trouvepièce. La réputation de Zéphyrus le Conteur le précédait, parfois jusqu’aux salons Princiers de Tullia.
– Je ne vous ai pas entendu entrer, mais vous semblez avoir réveillé ce bon vieux Merlin. Que puis-je pour vous cher ami ?
Ce n’est qu’à ce moment que je découvrais, passant d’une épaule à l’autre du mage, une étrange créature.
– Ne faites pas attention à Melkior, ce minuscule Pseudodragon est d’un naturel très curieux.
J’indiquais alors au vieux Demi-Elfe le but de ma visite, tout en observant le mobilier en désordre de la petite maison au caractère douillet. Elle était encombrée de dizaines de livres épais et jaunis, qui avaient trouvé place à même le sol, après avoir envahi table et bureau comme du lierre Elfique. Lorsque celui-ci compris que je venais pour écouter l’une de ses histoires et non acheter un parchemin de magie, son regard s’illumina :
– Parfait ! Je vous assure que mes récits contiennent bien plus de magie que mes colifichets !
Je pris place dans un fauteuil moelleux à l’invitation de Zéphyrus. Aussitôt, la petite créature du magicien sauta sur mon bras.
– Melkior semble vous apprécier… Il est vrai qu’il n’avait pas l’habitude des visites dans sa forêt. Mais oublions le Sylvarante pour un moment, avez-vous déjà entendu parler des vastes Landes du Kiran cher ami ?
Bien sûr, j’en avais entendu parler. Les Landes du Kiran avaient été autrefois témoins de nombreuses batailles entre notre empire alors naissant, et la horde de Nazgor le Destructeur, un Orc particulièrement redoutable. Les archives impériales étaient loquaces à ce sujet.
– Certes, certes… Mais vos archives parlent-elles des cinq Cités-Etats réparties dans les landes ?
J’en étais certain désormais. La réputation de Zéphyrus le Conteur n’était pas usurpée.
– Je pourrais bien sûr vous parler de la grande Zangezur, mais cela n’est-il pas un peu convenu ? Laissez-moi plutôt vous décrire la sublime reine de Balasagun, dont les habitants vouent un culte absolu à sa beauté. Je la rencontrais au terme d’un long voyage mené avec une caravane Githzeraï.
Je n’avais aucune idée de ce qu’était un Githzeraï, mais certaines histoires entourées de mystère parlaient de ces habitants de Zangezur.
Le gros Mastiff lâcha un soupir et sembla se rendormir. J’écoutais alors avec la plus grande attention Zéphyrus le Conteur et l’histoire de Diade, souveraine de la lointaine Balasagun.

Extrait des Chroniques d’Archibald : Livre II – Séjours dans les provinces impériales.