Au cours de l’une de mes nombreuses (et lointaines !) années d’études à la Bibliothèque de Meereeda, je dû rédiger un essai sur l’intégration des espèces au sein de notre vaste et bien aimé Empire. Un sujet riche et complexe s’il en est, car celui-ci est composé d’une multitude de peuples dont chacun semble avoir trouvé sa place dans la société.
De prime abord, la mainmise quasi monopolistique des Nains sur la marine marchande et sur la navigation en générale me semblait un sujet de choix. Leur facilité à se déplacer dans les cordages du fait de leur petite taille, leur sang-froid inébranlable et leur courage dans les situations les plus périlleuses, contre les vents et les marées des mers les plus déchainées, avaient fini de me convaincre.
Cependant, au cours d’un après-midi laborieux durant lequel mes recherches m’avaient mené au constat d’un exposé à la banalité consternante, je tombais sur un petit ouvrage rédigé par un illustre inconnu. Le rédacteur y évoquait l’étrange race des Kobolds, ces petits êtres silencieux qui assistent les Consuls de la Guilde du Commerce. L’auteur s’interrogeait alors autant sur leur présence dans les Comptoirs que sur leur absence au sein des frontières de l’Empire. Malheureusement, aucun archiviste de la bibliothèque ne fut en mesure de m’apporter la moindre précision sur l’auteur.
Sans perdre de temps, je prenais alors contact avec un membre relativement bien placé de l’administration impériale afin qu’il négocie pour moi une entrevue avec nul autre que le Consul de la Guilde du Commerce de Meereeda. Bien sûr, il prit soin de m’indiquer avec courtoisie que j’aurai désormais une dette envers lui. Pour être franc, je n’y croyais pas vraiment. Mais contre toute attente, un messager de mon contact m’informa le lendemain matin que j’étais attendu le soir même au bureau du Consul. Quelle excellente nouvelle !
C’est ainsi que j’étais accueilli dans l’élégant bureau du Consul tard dans la soirée. Après quelques banalités d’usage, aussi futiles que nécessaires dans la mondanité de la Capitale Impériale, nous évoquâmes enfin le sujet. Je trépignais d’impatience.
A ma grande déception, le Consul ne fût pas d’une grande aide. Les Kobolds étaient en effet des assistants consciencieux et taciturnes. Ils étaient présents dans tous les Comptoirs de la Guilde du Commerce de l’Empire de Meereeda. Mais le Consul ne fût pas à même de m’éclairer quant à la totale absence des Kobolds dans les autres strates de notre société civilisée. Ni même d’ailleurs, sur leur éventuelle présence en dehors des frontières de l’Empire. Les autorités impériales seraient plus à même de répondre à cette question jugea-t-il.

Je l’ai bien sûr interrogé sur le remplacement d’une telle créature, en cas de décès par exemple, mais celui-ci resta évasif puis, dans un ton emprunt de politesse et de courtoisie propre aux Thieffelins, le Consul m’informa qu’il était désormais tard et qu’il avait bien des affaires à régler. La Guilde du Commerce, me fit-il remarquer, ne dort jamais. Il quitta son bureau en m’invitant à terminer confortablement mon infusion à la menthe fraîche (particulièrement délicieuse, je tiens à le préciser !) avant de quitter moi-même les lieux.
Je passais les quinze jours suivant à tenter de trouver des informations, mais nul ouvrage et aucun fonctionnaire impérial n’était en mesure de m’apporter la moindre piste utile à mon essai.
C’est avec un grand désarroi que je repris finalement mon travail sur le peuple des Nains et leur passion pour les navires. J’ai toujours pensé qu’un Nain serait plus à l’aise dans une caverne à rechercher des matières précieuses. Je fut admis au concours mais cette question de l’existence du peuple Kobold me taraude encore…

Extrait des Chroniques d’Archibald : Livre I – Biographie du Grand Archiviste.
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